Chaque œuvre est singulière. C’est une évidence ; mais y parvenir n’est pas si facile par le chemin de la création. Cette évidence est le fruit d’une maturation, l’énoncé d’un discours parfois complexe sous la simplicité, une variation formant série. Voici donc, parmi des pairs, un ou quelques-uns de mes tableaux mis en lumière.
Continuité des flots.
Le point de départ de ce tableau est une analyse séméiologique de
l’oeuvre de Boccace ( Le Decameron ) par Pierre Laffitte.
J’ai, ensuite, relu le Decameron ; puis j’ai choisi d’illustrer le début
de la 3e journée qui décrit un merveilleux jardin, image
paradisiaque, alors que la peste ravage Florence.
On retrouve, dans le tableau, les principaux éléments de l’histoire :
la fontaine (hexagonale),
les dix personnages (en jaune),
la prairie (en vert foncé)
et toutes les forces en présence résumées par le grand flux
vertical ; marquant l’analogie entre l’eau et la parole et symbolisant
le mouvement de la parole divine vers l’homme et sa réciproque.
« Après cette pause, s’étant fait ouvrir un jardin attenant
au palais, et clos d’un mur en son pourtour… il leur
semblait être parmi tous les aromates qui naquirent jamais
en Orient… aussi pouvait-on s’y promener partout sans
être touché par le soleil… »
« Au milieu du pré était un pré d’herbe fine et si verte
qu’elle en paraissait noire… Au milieu de ce pré était une
fontaine du marbre le plus blanc… au-dedans, provenant
d’une veine dont je ne saurai dire si elle était naturelle ou
bien artificielle et sortant d’une figure placée sur une
colonne qui se dressait au beau milieu de la vasque,
jaillissait droit au ciel une telle quantité d’eau…
« Puis cette eau, j’entends celle qui débordait du trop-plein
de la vasque, s’échappait de la pelouse par une voie
secrète et se déversant en de jolis petits canaux artificiels,
redevenue visible en dehors de ce pré, elle en faisait le
tour… elle s’écoulait dans tous les coins ou presque du
jardin,… »
« La vue de ce jardin… tous se mirent à proclamer que, si
l’on pouvait faire le paradis sur terre, ils ne verraient pas
quelle forme lui donner, sinon celle de ce jardin… Ils
s’égayaient ainsi musant de tout côté… et tout en écoutant
plus de vingt sortes de ramages d’oiseaux… Mais quand ils
eurent assez flâné… ils firent mettre les tables auprès de la
belle fontaine… après avoir chanté… ballé… ils allèrent
manger… »
Le tableau suit au plus près le texte de Boccace, tout en
obéissant aux règles plastiques de la schématisation.
La structure du conte n’est plus linéaire, mais globale et
symbolique. En voici quelques éléments :
- Fond brun car la peste est dehors
- Un jardin carré enclos
- La fontaine en jeux d’hexagones
- Un pré vert
- La force de l’eau et de la parole reliant la terre et le ciel
- Les placements des personnages
- Les symboles des protections et abris
- L’entrée dans le tableau par l’ouest (bas droit)
- La sortie par le haut gauche
- En bas, une prédelle résume les principaux symboles
